Covid 19 - Non à la Violence à l’Egard de la Femme! 

Vidya-Charan

Par Vidya Charan 

*Le COVID-19 -l’ennemi invisible a cruellement attaqué la vie quotidienne de l’être humain dans la plupart des pays du monde où 50 % de la population mondiale a été appelée à suivre les directives de l’Etat de garder la distance sociale et de vivre dans un confinement total.  Dans ce contexte, la maison, qui devrait être le lieu le plus protégé pour la femme et la fille, peut se transformer en un huis clos à haut risque. La vie quotidienne de l’être humain, l’économie, la culture, le social ont connu un arrêt soudain depuisle mois de mars – un mois pendant lequel le monde entier a rendu hommage à la femme dans le contexte de la Journée internationale de la femme. Un hommage pour sa contribution en tant qu’être humain à part entière, au travail, au foyer, dans des instances de décision et dans la communauté. Beaucoup de femmes sont engagées dans des secteurs informels et risquent leur vie pour subvenir aux besoins de leur famille même si elles font face à des inégalités en termes de ressources et d’aide.  Dans un monde dominé par le patriarcat, les femmes restent toujours vulnérables.  Plus de 220 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès à la contraception ; cela met en péril une maternité saine car elles peuvent faire face à des grossesses non désirées.

Avec le confinement et la distance sociale   qui aggravent la situation sociale et familiale, les femmes sont au premier plan pour soigner les personnes malades dans cette guerre mondiale déguisée. Par ailleurs, le confinement rend la femme dorénavant plus vulnérable dans une société où la violence domestique, physique, sexuelle, verbale, psychologique et économique  à leur égard est malheureusement présente dans toutes les couches de la société. Une telle violence est une épidémie mondiale qui tue, torture et mutile, physiquement, psychologiquement, sexuellement et économiquement. C'est une des violations des droits humains les plus répandues, qui prive les femmes et les filles de l'égalité, de la sécurité, de la dignité, de l'estime de soi, et de leur droit à jouir des libertés fondamentales.  

Dans la République de Maurice, la violence envers les femmes a connu une ampleur choquante ces dernières années, les cas devenant de plus en plus dramatiques et les crimes de plus en plus odieux. Nous avons tous été récemment témoins de ces actes de violence aussi horribles et barbares contre les femmes. Ils ont ébranlé le cœur même de la société mauricienne car les criminels ne sont autres que des proches ou ceux qui ont vécu en intimité avec les victimes. Le nombre de cas fatals enregistrés depuis l’année dernière esttrès élevé, la majorité de victimes étant des femmes. Un tel niveau de violence ne doit pas être toléré avec 1,710 cas rapportés au ministère de l’Egalité du Genre en 2019 dont 7 décès des suites de violences domestique, sans compter les très nombreuses victimes qui subissent des violences graves mais non mortelles. Ces actes de violence sont perpétrés sans aucune distinction par rapport à l’âge, à la profession, à la culture et classe sociale. Les violences contre une mère de famille ou une grand-mère, une épouse, une sœur peuvent arriver parce que l’agresseur est sous l’influence de l’alcool, de la drogue, qu’il est jaloux, n’arrive pas à gérer les conflits relationnels et sentimentaux ou simplement qu’il croit que son pouvoir ébranlé au sein du ménage remettant en question l’honneur égocentrique masculin. Pendant cette triste période d’épidémie de COVID-19, que ce soit à Maurice ou dans le monde, il sera difficile de déterminer le nombre de cas de violences domestiques perpétués. 

mfpwa

La violence à l'égard des femmes est due à de multiples facteurs et notamment une interdépendance de divers facteurs sociaux et culturels qui ont maintenu les femmes dans une condition où elles sont particulièrement vulnérables à la violence dirigée contre elles. Tous ces facteurs expriment les rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes. Ils comprennent les mécanismes socio-économiques, des dysfonctionnements au sein de la famille où s'exercent les rapports de force, la peur et le contrôle de la sexualité féminine avec la conviction de la supériorité inhérente de l'homme. 

Face à ces violations et discriminations persistantes qui continuent à porter atteinte aux droits fondamentaux des femmes et des filles, il est urgent de réaliser l’égalité entre hommes et femmes à laquelle les Etats se sont engagés en 1995 lors de la Conférence de Beijing car les partenaires abusifs profitent du confinement pour mieux abuser de leur partenaire. En cette période aussi difficile et critique, le Covid 19 a pris en assaut au niveau des certains services causant une rupture. L’Etat, le secteur privé et la société civile sont appelésà opérer dans des situations contraignantes. La MFPWA fonctionne à un rythme ralenti au vu des règlements établis et de la distanciation sociale. Cependant, nous avons mis à la disposition de nos bénéficiaires un service d’écoute et de conseil. Les cas difficiles sont référés à des services de santé du gouvernement et des cliniques privées. Au-delà du niveau local, la MFPWA, avec la collaboration du Help Age International et des ONGs africaines, a fait le plaidoyer pour le bien-être des personnes âgées et une communication régulière pour que celles-ci soient protégées.

La MFPWA et son Women Advisory Panel appellent:

  • A une remise en question des comportements, des normes et des attitudes qui légitiment et perpétuent la position subalterne des femmes dans toutes les sociétés dans le monde y compris à l’île Maurice, Rodrigues et Agaléga.
  • Tous les responsables politiques et ceux du secteur privé à coopérer avec la société civile et les associations d'aide aux victimes pour changer les valeurs et les normes qui suscitent la violence à l'égard des femmes et des filles.
  • A renforcer l’application de la loi qui existe par rapport aux violences domestique et le Protection Order qu’il faut revoir en urgence lorsque la situation sera revenueà la normale.
  • A assurer la promotion de la hotline 139 que l’Etat a déjà mis au service de la population et à procurer aux victimes une protection et un hébergement en lieu sûr.
  • Les tribunauxàtraiteren urgence les cas de violences.
  • A favoriser l’utilisation des technologies modernes de communication et notamment de la télémédecine.
  • A renforcer la vigilance de tous à savoir voisins, amis, familles, gouvernants et à dénoncer tout acte de violence.
  • A ce que la collecte des données au niveau des services soit systématique et continue.
  • Asensibiliser aux problèmesde violence domestique à l’égard des femmes et des enfants lors de la session de communication officielle quotidienne sur le Covid 19.

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L’histoire nous enseignera que l’épidémie de Covid 19 a été très cruelle mais en même temps nous a donné le temps de réflexionssur la façon dont nous opérons. Est-ce-que la logistique, le matériel et les aides que nous recevons et la structure de la société civile sont efficaceset suffisants pour faire face à ce type de viruset pour maintenir un fonctionnement normal?

Est-ce que le fait de naître « fille » est un handicap dès le départ que devra porter une femme tout au long de sa vie? Nous demandons que justice soit faite aux victimes et leurs proches pendant ce combat contre l’épidémie de Covid-19. Beaucoup de femmes dans le secteur hospitalier et de la santé sont montées au créneau pour offrir leur service tout en mettant en péril leur vie bien qu’étant des épouses et des mères. La santéest au premier plan mais la sécurité dans toutes ses formes pour les victimes d’agression et d’abus va de pair. Nous nous inclinons devant toutes les victimes décédées mais nous nous levons pour dire « NON » à la violence envers les femmes!!

*Cet article a été initialement publié dans L'Express, Mauritius.

Vidya Charan est le Directrice Exécutive, Mauritius Family Planning & Welfare Association (MFPWA).

La MFPWA bénéficie du soutien de l’Union européenne pour un projet de promotion de la santé maternelle saine pendant une période de quatre ans (2019-2022). Le projet fournit les services de la santé sexuelle et reproductive, en augmentant l’accès de la contraception et le conseil, le planning familial, pour les personnes les plus vulnérables. Le projet travaille également à la réhabilitation des enfants victimes d’abus sexuels, l’autonomisation des jeunes à travers l’éducation sexuelle et le screening des personnes pour les cancers des organes reproductifs. Le projet inclut également une importante composante de lutte contre la violence domestique.