RDC - les femmes prises au piège entre le Covid19 et les violences sexuelles…

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La pandémie de COVID-19 déclarée par l’OMS est une épreuve pour le monde entier en général et pour la République Démocratique du Congo (RDC) également.  

Depuis que le pays a enregistré son premier cas le 10 mars 2020 une série des mesures ont été prises en urgence par le Président de la République afin de limiter la propagation de la maladie, entre autres le confinement des populations.

Le confinement comme mesure de prévention du Covid19 semble efficace pour contenir la maladie, mais s’est avéré malheureusement être un grand facteur de vulnérabilité pour de nombreuses femmes et filles qui voient ainsi leur destin basculer dans l’horreur de la violence. Depuis le début du confinement, on dénombre de plus en plus de cas de violences sexuelles et la peur s’est installée dans les familles.

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L’Association pour le Bien-être Familial – Naissances Désirables, (ABEF-ND) comme toutes les organisations œuvrant dans le domaine de la Santé de la Reproduction et Droits y afférents a réorganisé son fonctionnement et son mode de travail pour rester en conformité avec les mesures prises dans le cadre de la riposte mondiale et nationale.

L’ABEF-ND a entamé une démarche de changement interne et des initiatives de collaboration avec les partenaires stratégiques externes pour rester fonctionnel et continuer à offrir un service de qualité aux populations :

  • l’ABEF-ND a déclenché un « plan de travail de confinement » comme réponse à la pandémie de Covid19 pour une durée de 28 jours,  durant cette période, ABEF-ND fonctionnera en mode de Télétravail (Travail à distance) pour le personnel des services centraux et un service minimum avec rotations organisées est envisagé pour les prestataires cliniques dans les structures sanitaires propres de l'ABEF-ND, mais aussi chez les 17 structures sanitaires partenaires qui sont concernées par le plan de réponse de l’ABEF-ND à la crise du Covid19
  • En plus des 13 mesures phares énoncées par l’OMS et des différentes directives du gouvernement, l’ABEF-ND a également entrepris d’exiger de tous ses points des prestations de services, la mise en place d’un système destiné à garantir la continuité de l’offre de services aux survivants (es) des violences sexuelles basées sur le genre, tout respectant les mesures de sécurité, de qualité et de confidentialité nécessaires.
  • Dans le cadre sa collaboration avec les services techniques du gouvernement, ABEF-ND a pris une part active aux travaux et aux différentes rencontres organisées dans le cadre de l’élaboration des "Directives en sante de la reproduction pour la prise en charge de la mère et du nouveau-né en situation de la pandémie au covid-19 en République Démocratique du Congo". Ce document clef met aussi un accent particulier sur la prise en charge des violences sexuelles basées sur le genre et vise à assurer l’offre de soins durant la pandémie du covid-19 sans compromettre les efforts du pays pour l’atteinte des objectifs de développement durable et plus particulièrement ceux de  la couverture sanitaire universelle

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Le langage des chiffres

Depuis le 10 mars 2020, les Cliniques ABEF-ND et celles de ses partenaires ont reçu 275 cas de VBG parmi lesquels 169 filles, 102 femmes, 3 garçons et 1 homme[1]. La répartition des statistiques collectées est une illustration de plus de la vulnérabilité spécifique des filles, des jeunes et des femmes aux violences sexuelles et, c’est cette réalité cruelle que l’Organisation s’attèle à changer tous les jours dans son combat en prévention, réparation et contre l’impunité. En plus du maintien d’une prise en charge complète et gratuite des cas, diverses actions ont été entreprises par ABEF-ND dans le cas spécifique de cette crise :  

  • La sensibilisation continue de son réseau de Distributeurs à Base Communautaire ( DBC) généralement mis à contribution dans les activités de prévention primaire et de suivi des phénomènes et interactions communautaires qui pourraient renforcer l’exposition aux VSBG et fragiliser la sécurité des femmes, des plus jeunes et des filles dans la communauté,
  • Le maintien actif de son circuit de référencement des cas vers l’unité de police spéciale chargée de la lutte contre les violences sexuelles, y compris l’accompagnement vers les services sociaux ou les points de prise en charge judicaire,
  • Le maintien du système de veille et d’alerte constitué de groupes de femmes et matrones des quartiers pour la détection précoce des cas et l’orientation vers les cliniques de l’ABEF-ND et partenaires,
  • L’approvisionnement des cliniques et des structures partenaires en kit PEP et autres produits nécessaires à la prise en charge des VSBG,
  • La mise en place d’une stratégie de prévention et de référencement des cas animée par les jeunes volontaires du Mouvement Action jeunes de ABEF-ND à travers les réseaux sociaux,
  • L’animation des émissions radio télé sur la prise en charge des violences sexuelles,
  • La distribution des masques et des solutions hydroalcooliques à tous les acteurs médicaux, para- médicaux et communautaires mis à contribution par ABEF-ND dans sa réponse de lutte contre les VSBG,

Malgré les défis liés à la limitation des déplacements, les barrières psychologiques et culturelles qui sont alimentées par la peur d’être stigmatisé et le manque de moyens pour soutenir des actions en réparation, ABEF-ND avec l’appui de ses partenaires dont le plus constant reste l’IPPF continue de se déployer dans le pays et demeure un acteur incontournable dans la riposte nationale au Covid19, surtout en ce qui concerne la prise en charge complète des cas de violences sexuelles. Les services sont offerts gratuitement, sans discrimination, en toute confidentialité et sécurité. https://www.abefnd.org/

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RECIT VECU

Une fillette de 13 ans a été retrouvée par la police abandonnée par son ravisseur qui s’est servi de sa proximité avec l’enfant – dont il est le voisin- pour l’envoyer faire une commission non loin de leur lieu d’habitation à tous, avant de la séquestrer à son retour et de la violer de manière répétée et systématique  pendant deux jours.

Les saignements abondants de la fillette ont poussé son bourreau à la jeter, la laissant pour morte. C’est dans cet état lamentable qu’elle a été retrouvée par les forces de l’ordre qui ont directement signalé son cas à l’Assemblé Nationale - Présidence du Parlement qui à son tour a référé l’adolescente pour une prise en charge médicale adéquate dans les services de l’ABEF-ND.

ABEF-ND prendra les dispositions nécessaires avec ses partenaires pour proposer à la survivante et à sa famille des actions en réparation et une prise en charge psycho-sociale.


[1] Données à jour au 4 mai 2020